Etes-vous prêts à changer de vie ?

Il y a un an, je m’apprêtais à sauter dans le grand bain et à troquer ma vie bien tranquille de salariée contre celle promise d‘entrepreneuse épanouie et heureuse. Pourquoi promise ? Parce que c’est la promesse de beaucoup de ces vendeurs de rêves qui ont fait du changement de vie leur crédo. Parce que tout le monde rêve de changer de vie, de sortir de cette foutue zone de confort, de réaliser ses rêves et de quitter le salariat pour vivre de ses rêves. C’est normal, c’est humain. Mais dois-t’on réellement sauter le pas ?

Après cette année plutôt chaotique, je dirais que non. Ou en tout cas pas tout le monde.

Pourquoi ? Parce que l’on mesure souvent mal les risques, on réfléchis pas suffisamment, on saute avec un parachute percé, sans avoir pris soin de vérifier avant où l’on va atterrir. Aussi parce que tout le monde n’a pas les épaules pour survivre au yoyo de l’entreprenariat, que tout le monde n’est pas fait pour être entrepreneur, et aussi parce que l’on a besoin de salarié. Et parfois aussi, parce qu’à trop rêver on ferme les yeux et on se rend pas compte de la chance que l’on a, la maintenant, d’être sur la terre ferme.

Qu’est ce qu’il s’est passé pour moi ?

Si j’avais un bilan à faire au bout d’un an, je dirais que je me suis voilée la face. Je n’ai pas été honnête avec moi même.

Tout d’abord, je n’ai pas voulu croire que mon métier pourrait un jour me manquer. J’ai assez mal vécu la période de sevrage qui suivit la coupure. Mes collègues m’ont énormément manqué, mes patrons aussi, mon travail énormément. J’ai regretté. Parfois, et parfois non. Je me suis persuadée que vivre mes rêves qui n’étaient finalement pas les miens, me rendrait plus heureuse que mon travail salarié.

Je me suis abonnée à beaucoup de pages sur l’entreprenariat, m’abreuvant de pensées positives, limite à en faire du bourrage de crâne, parce que c’est le b-à-ba de l’entreprenariat : rester positif quoi qu’il arrive. J’ai lu les success-story des grands patrons de ce monde, comment ils ont bâti un empire, en partant de rien.

Mes premiers mois, bien que difficiles émotionnellement se sont plutôt bien déroulés. Le succès était au rendez-vous, je kiffais ma nouvelle vie, j’avançais.

Et puis trés vite, il y a eu les premières désillusions. Les premières difficultés. Et ça, dans les blogs sur l’entreprenariat on parle rarement de l’échec ou de la difficulté. J’ai positivé à taquet. Coachée et portée par l’engouement suscité par l’exemple que je représentais : celle qui a eu les couilles de se lancer, chacun y a été de son petit conseil. Positiver, patienter. « C’est normal ». « Garde le cap », « bat toi ». Et puis aussi un peu par la fierté d’avoir été jusque la, d’avoir lancé mon affaire, d’avoir créé mon succès. J’ai continué à avancer, sans doute avec quelques œillères, en tout cas, je n’en avais pas forcément conscience. C’est normal, on ne baisse pas les bras au bout de 3 mois d’entreprenariat.

Et puis en Février, le déclin. Bien que ma société se portait super bien, j’ai commencé à ouvrir les yeux et à me rendre compte que ce serait pas possible. J’ai réalisé ce mois la, un chiffre d’affaire exceptionnel. Du genre qui n’arrive qu’une fois dans l’année. Saint Valentin oblige. Et la je me suis rendue compte que ce chiffre d’affaire ne suffirait pas, que mes prévisions était trés largement en dessous de la réalité, pire, que je ne pourrais pas me verser de salaire malgré mes ventes excellentes. Sans parler de ces charges, qu’il faudrait arriver à payer toute l’année.

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Suite au départ de ma conseillère dans une autre agence, et de l’état de mes comptes à la dérive, la banque a cessé de me suivre et je me suis retrouvée à devoir chercher du travail chez Pôle emploi, découvrant les joies du chômage, rabaissée plus bas que terre. Il m’a fallu 3 mois pour comprendre ce qui se passait. Entre temps, mes problèmes financiers ont empiré, j’ai subi l’incompétence d’une banquière complètement à l’ouest (qui ne me connaissait pas), et me retrouvant avec un huissier à la porte, alors qu’elle m’avait assuré que tout était réglé, ponctionnant au passage les arriérés enfin versés par Pôle emploi tout en clôturant mon compte sans prévenir.  La meilleure décision que j’ai pu prendre alors a été de reprendre mon ancien travail salarié, à mi-temps, découvrant alors à quel point ce travail me rendait heureuse. Et pourtant ça n’a pas été simple de ravaler ma fierté face à tout ces gens qui avaient tant d’attentes par rapport à moi.

A partir de mai, j’ai vécu mon changement de vie différemment. Toujours poussée par le regard de ces gens, qu’il soit bienveillant ou jaloux, j’ai entrepris de rectifier certaines erreurs par rapport à ma société, j’ai fait un travail sur moi même pour continuer de positiver et j’ai continué d’avancer.

C’est en Juillet que je me suis rendue compte que je n’irais finalement pas trés loin tant que ma situation personnelle ne s’améliorerait pas. J’ai pris la décision lourde de mettre en stand by ma société pour quelques mois, le temps de réfléchir à ce que je voulais vraiment, de prendre assez de recul et de distance pour voir les choses en face.

J’ai découvert qu’en me coupant de ces responsabilités je me sentais plus libre. Plus récemment, j’ai découvert que mon rêve n’était pas de vivre de mon activité, mais de faire ce qui me plaît sans rien regretter, j’ai découvert que ce que les gens disent n’est pas forcément ce que je dois penser ou faire. Et j’ai surtout découvert que entrepreneuriat n’est pas fait pour moi. Contrairement au proverbe qui « On ne naît pas entrepreneur, on le devient », moi je l’ai toujours su et je l’avais même confié à l’un de mes patrons, je n’ai pas les épaules, je n’ai pas les reins solides, et ce n’est pas mon truc. Je l’ai toujours su mais je me le suis toujours caché.

Aujourd’hui, alors que je suis en passe de régler enfin tous mes problèmes personnels, j’ai aussi réglé le problème du manque de résultat de ma société. C’est pas ce dont je rêvais. Ce n’est pas mon rêve. Bientôt libérée de ce poids qui me pèse, j’ai l’impression enfin que je peux avancer. J’ai de nouveaux projets pour la suite, des projets qui ne sont que le résultat de ce que je veux vraiment. Je ne vais pas arrêter, je vais simplement recommencer avec de nouveaux paramètres.

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***

Pour conclure sur cette tranche de vie, j’ai un conseil pour vous. N’écoutez pas les autres, n’écoutez que vous, soyez honnêtes avec vous même. Ne faites pas les choses parce que c’est tendance, parce qu’on vous a dit que ça serait bon pour vous. Et si vous souhaitez vous lancer malgré tout, alors n’oubliez pas de prendre un parachute de secours, et de bien vérifier votre matériel avant de sauter.

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2 thoughts on “Etes-vous prêts à changer de vie ?

  1. Merci pour ce témoignage. Je suis d’avis que la pensée positive, si tendance à l’heure actuelle, doit être maniée avec prudence et précaution. Comme tu le dis « on parle rarement de l’échec » …

  2. Bonjour. Je ne connaissais pas ton blog et je trouve ta façon d’aborder l’entrepreneuriat et la pensée positive très utile. Je suis à mon compte dans le milieu artistique et le journalisme depuis 1999. Des hauts et des bas mais jamais cette clairvoyance que tu as eu pour changer de cap, malgré de gros aménagements de mes activités chaque année. Le regard des autres peut être lourd à porter et mieux vaut s’en affranchir dès le début. Je te souhaite une réussite plus adaptée à ce que tu recherches pour ton nouveau statut.
    http://leblogdeceline.com

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