Jour après jour (Deuil périnatal)

Léa

Un jour.

Chaque fois que je ferme les yeux, je vois ton visage d’ange. Comme tu étais belle ma fille. Maman me dit que tu as mes yeux. Moi je trouve que tu ressembles à ton papa. J’ai l’impression d’être dans une bulle. Que le temps s’est arrêté. Hier encore je sentais tes coups de pieds dans mon ventre, aujourd’hui tu n’es plus la. Je n’arrive pas à comprendre ce que je ressens. Je suis heureuse mais en même temps je suis triste. Peut-être que c’est une question d’hormones, ou peut-être pas.

J’ai encore envie de te revoir. Je voudrais que le temps s’arrête. J’ai envie de rester ici avec toi. Je n’ai pas envie de rentrer chez moi.

Ce matin, j’ai pu te parler. J’ai pu m’excuser. M’excuser de ne pas avoir pu te donner la vie. M’excuser que la vie soit si injuste. Tu méritais de vivre. Tu méritais de grandir.

J’ai pleuré.

Il paraît que c’est normal. Enfin c’est ma psy qui l’a dit. Ça m’a fait du bien.

Trois jours.

Je suis rentrée chez moi. Seule. J’ai l’impression que tout est fini. Tu n’es plus là. Tu n’es pas dans mon ventre. Mon appartement est vide. C’est une drôle de sensation.

Je me demande ou tu es.

Je sais pas trop ce que je ressens. Je commence une nouvelle vie. Sans toi, sans ton papa. Je me sens tellement seule.

Un mois.

Je crois que ça va. Je pleure beaucoup le soir. Je fais souvent des rêves. Ton papa me manque. Tu me manques.

J’écris beaucoup. Je crois que ça me fais du bien de mettre des mots sur ce que je ressens. Ça me vide et après je me sens mieux.

Les gens sont maladroits. Je crois que c’est parce qu’ils ne savent pas. Je ne sais pas trop comment parler de toi car les gens sont gênés.

J’ai beaucoup de soutien. Mais le soir je suis à nouveau seule.

J’ai recommencé à sortir aussi. Je crois que je suis prête. Ta tante est mon rayon de soleil. On s’est beaucoup rapprochées elle et moi.

Six mois.

Ça va pas. Je pensais être prête à refaire ma vie mais mon petit cœur est encore trop fragile.

Je vois quelqu’un depuis quelques semaines. C’est une psychologue-infirmière. Elle est très gentille. Elle m’écoute et me fait beaucoup réfléchir. Je comprends beaucoup de choses.

Paradoxalement je crois que j’avance bien dans mon deuil.

J’ai commencé ton album souvenir. J’y ai raconté ma grossesse. J’y ai collé des photos de toi aussi.

Et puis avec ta tante nous avons été nous promener à Paris. Nous sommes tombées sur une jolie boutique à Montmartre. « La boutique des Anges ». J’y ai acheté un joli cadre en plâtre avec un ange. J’y ai mis ta photo en rentrant et je l’ai mise dans ma chambre. Comme ça tu es toujours avec moi.

Sept mois.

Ça va déjà mieux. J’ai rencontré quelqu’un. Je sais pas ou ça va nous mener mais je crois que je l’aime bien. Je lui ai parlé de toi dés le premier jour. Il me soutiens beaucoup.

Il est même venu un soir ou j’étais en pleurs juste pour me réconforter. Je ne suis plus seule.

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Un an.

J’ai découvert l’endroit ou tu reposais. Je t’ai apportée une rose blanche. C’est un joli endroit. Je pense que tu vas te plaire. Tu n’es pas seule. Il y a tous ces petits anges avec toi.

Je suis émue. Je pleure. Je sais pas si je cesserai de pleurer un jour.

16 mois.

Ton cousin est né. C’est le premier bébé qui pleure dans notre groupe d’amies. Je suis la marraine. Je suis heureuse mais je ne peux m’empêcher de penser à toi. Tu aurais du être la. Ça aurait du être toi la première.

C’est aussi la première fois que je portais un bébé depuis toi. J’aimerais tellement retourner en arrière pour revivre ce moment.

Deux ans.

Encore une année de plus. Encore des larmes. Des questions. A quoi tu ressemblerais aujourd’hui ?

Trois ans.

Tu aurais du rentrer à l’école. J’aurais été fière. Au lieu de cela, je pleure à nouveau. Je suis jalouse ? Non juste triste.

Avec ton nouveau papa nous avons décidé de te faire un petit frère ou une petite sœur. Cette aventure me fait peur mais je suis prête. Je ne sais pas trop le temps que ça prendra. On verra bien. Ça fait déjà quelques mois que nous essayons.

Quatre ans.

Ton petit frère ou ta petite sœur ne viendra pas tout de suite. La nature n’est pas gentille elle nous inflige encore quelques difficultés.

En attendant, nous allons nous marier. Nous avons choisi la date. Ce sera le jour de tes 5 ans.

Cinq ans.

As-tu reçu mon ballon ?

J’ai pensé fort à toi pendant le mariage. C’était beau et je sais que tu nous souriais depuis les étoiles.

Je sais à présent que les années vont s’enchaîner et qu’il n’y aura pas un jour sans que je pense à toi. Tu fais partie de ma vie et je ne t’oublierai jamais. Je continuerai à venir te voir à chaque anniversaire, à chaque fête, à chaque fois que j’en aurai besoin. Je t’apporterai une rose blanche.

Je parlerai de toi aussi souvent que j’en aurai envie. Je te ferai vivre à travers mes souvenirs, à travers mes mots.

Je n’oublierai jamais notre rencontre. Je verserai des larmes à chaque fois que j’y repenserai.

Tu es ma fille, mon ange. Je t’aime ma petite Léa.


deuil périnatal

Aujourd’hui 15 octobre, c’est la journée de sensibilisation au deuil périnatal.

Je voulais écrire sur le sujet. Je me suis lancée.

J’aurais une pensée particulière aujourd’hui pour tous ces parents qui vivent un deuil périnatal. Tous ces parents qui ont perdu un bébé et pour qui la vie ne sera plus jamais la même.

Vous pourrez trouver des infos sur le sujet sur le site : Nos petits anges au paradis

Un rassemblement est prévu ce dimanche 19 octobre 2014, Place Maginot à Nancy à 11h. Un lâcher de ballon sera organisé pour la fête des anges. Il est organisé par l’association Deuil Espoir.

J’y serai.

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2 thoughts on “Jour après jour (Deuil périnatal)

  1. quel courage …je sais que tu n as pas le choix mais tu te laisse pas abattre …une pensée pour léa…je me rapellais sa photo

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