Je pensais avoir affaire à un Maître BDSM, en réalité c’était un pervers narcissique

Voici le témoignage anonyme d’une blogueuse qui ne voulait pas rendre cette histoire publique sur son blog. Elle a posté un jour un message sur un groupe de blogueuses demandant qui pourrait le publier. Aprés m’avoir raconté son histoire, je lui ai proposé de la publier ici. 

 

Depuis 3 ou 4 ans et avec la sortie du roman et des films Cinquante Nuances de Grey, le nouveau fantasme à la mode est celui de la domination/soumission. Chaque femme un peu romantique rêve un jour de rencontrer son nouveau prince charmant et de vivre une histoire d’amour à la Anastasia et Christian.

Je plaide coupable, moi la première, cette immersion dans un monde jusqu’alors tabou m’a donné bien des envies et des fantasmes. Non sans chercher l’amour, je rêvais de pouvoir lacher prise entièrement dans les bras d’un homme dominant et m’abandonner au plus beau des orgasmes qu’il pu être possible de ressentir. J’ai longtemps vanté les mérites de ces romans, d’avoir ouvert une porte vers l’acceptation de ses fantasmes et de l’épanouissement sexuel . Aujourd’hui, je déchante car j’en ai vu les effets perverses.

Il y a un mois, j’ai été contacté par une demoiselle sur Messenger, me vantant les mérites de l’abandon de soi, de la domination soumission virtuelle, par webcam interposée. Après 3 h de discussion trés coquine où je me suis très largement dévoilée, elle m’a mise en contact avec un ami « sexy et charmant »  a qui je pouvais faire entièrement confiance. Seul objectif de cette mise en contact, dialoguer. A aucun moment, je n’ai été informée de ce qui allait arriver.

Durant les 3 premiers jours, j’ai été séduite, virtuellement par cet homme qui ne me laissait entrevoir de lui que les morceaux les plus sexy. Trés habile de ses mots, il arrivait à me faire mouiller la culotte juste en me racontant des histoires. En 3 jours de discussion coquine, il avait réussi à me rendre complètement accro à lui. Les bases étaient posées, il avait juste à me cueillir.

Le lundi suivant, après un week-end où j’ai eu le temps de mariner sur ce que je venais de vivre et sur les bienfaits sur ma libido, je lui faisais part de mon attachement, et de mon envie de continuer, alors que lui semblait super distant avec moi.

Parallèlement, je continuais à discuter avec la jeune femme, elle me racontait comment elle était accro à lui, et tout ce qu’il avait fait pour elle. Cet homme était devenu à mes yeux, l’homme le plus expert en sexe et le plus séduisant de la terre entière. J’avais de la chance de l’avoir rencontré, j’avais de la chance qu’il se soit intéressé à moi, j’avais de la chance de pouvoir bénéficier de ses conseils. Pourtant, à cet instant, il semblait ne pas vouloir continuer à dialoguer avec moi. La jeune femme me conseilla alors de réaliser tout ce qu’il me demandait. Que c’était ainsi que j’allais rentrer dans ses bonnes grâces et peut être être acceptée comme élève.

Je voyais petit à petit un piège se refermer sur moi, je me savais manipulée, mais je me laissais faire. J’avais envie d’aller plus loin, j’avais envie de repousser mes limites, d’aller au delà de tout.

 

Tout à fait par hasard, je suis tombée sur des posts parlant de BDSM (Bondage, Discipline, Soumission, Domination, Sado-Masochisme), et j’ai commencé à m’y intéresser. La relation dominant / soumise me fascinait beaucoup. La jeune femme m’en avait parlé lors de nos premières discussion, j’étais curieuse. Je ne faisais alors aucun lien avec la relation avec lui.

De son coté, il me donnait toujours plus de défis à réaliser. Je devais faire mes preuves pour qu’il me garde. La jeune femme, toujours présente, me donnait des conseils pour les réaliser. Ces défis, sortir sans culotte, me masturber dans ma voiture sur un parking, faire une vidéo coquine, étaient alors trés réalisables et m’excitaient beaucoup. Je me soumettais à ses désirs, je réalisais tout pour lui faire plaisir, ne souhaitant qu’une chose en retour : qu’il me garde et qu’il m’éduque.

Je lui ai confié mes doutes sur le fait que je ne savais pas si je pourrais faire une bonne soumise. Il s’est engouffré dans la brèche et c’est alors que j’ai vu la manipulation se refermer sur moi. A partir de ce jour, il est devenu mon Maître, j’étais sa soumise, je le vouvoyais. Tellement à fond dans cette relation, heureuse de réaliser un fantasme, d’entrer dans un monde « différent », je lui ai donné toutes les clés pour me manipuler. Fin stratège, je le voyais utiliser le moindre élément, le moindre mot, la moindre pensée que je lui avais confié pour me manipuler encore plus. Il est entré en moi, me possédais psychologiquement et physiquement. La moindre remontrance de sa part, me faisais baisser la tête, que je sois chez moi, dans la rue ou au boulot. J’aurais pu me mettre à genoux et lui baiser les pieds je l’aurais fait. Je l’aimais. Pas avec de l’amour, mais je l’aimais parce qu’il était mon Maître. A cet instant, j’aurais tout fait pour lui.

Il continuait à me donner toujours plus de défis à réaliser, toujours plus de règles à respecter, de rituels quotidiens. Je lui étais dévouée, entièrement acquise à son plaisir et à ses propres envies. Je m’appelais « Esclave », « Objet », et je le vénérais.

Durant ces quelques semaines, je l’ai laissé me manipuler. Je l’ai même laissé m’humilier profondément lorsqu’il m’a punie pour la seule et unique fois qu’il l’a fait. Ce jour la, je me suis sentie affreusement seule, sale, pleurant toutes les larmes de mon corps dans ma douche, espérant que l’eau laverait cette honte sur moi. La honte de l’avoir déçu ? La honte de m’être laissée humiliée de la sorte ?

Parfois, j’ouvrais les yeux, je résistais, trouvant que ça allait trop loin. A chaque fois, ses mots s’abattaient sur moi me soumettant de nouveau toujours plus. Je n’arrivais pas à répondre, je n’en avais pas le droit. Il était trés fort pour ça. Et puis j’avais envie de vivre cette relation, ce fantasme de soumise. Je trouvais ça normal de lui obéir. Je n’avais pas envie que ça s’arrête. Régulièrement, il testait mon attachement et mon dévouement. Il jouait chaud/froid. Semblait se confier à moi un instant, m’autorisait à me confier, me séduisait. Il me disait parfois que j’étais sur le point d’être sa soumise numéro un. Que j’étais l’une de ses préférées. Et puis l’instant d’après, me rabaissait, à coup de questions rhétoriques, d’ordres, me rappelant qu’il était mon Maître et que je lui devais obéissance. A ces instants où j’étais la plus vulnérable, je recevais des messages de la jeune femme, qui, je l’avais appris après, était elle aussi soumise à lui. Elle continuait à me raconter ses expériences, me donner des conseils ou simplement prenait des nouvelles.

A trois reprises, j’ai voulu tout arrêter, estimant que ça allait trop loin. A 3 reprises, Il a su me manipuler pour que je le supplie de continuer. La jeune femme n’était jamais trés loin et la 3ème fois, c’est elle qui a fait tout le travail. Sans doute qu’il lui avait ordonné de le faire, de me garder, de m’entretenir. Et aujourd’hui j’en ai d’ailleurs eu la confirmation.

Sur les 3 derniers défis, irréalisables, qu’il m’a donné à faire, il y avait notamment celui de lui trouver une nouvelle soumise. C’était selon elle, le défi ultime, celui qui démontrerait mon attachement envers lui. Le but était simple, parler de mon expérience, de tout ce qu’il m’apportait. Il y a des jours où c’était plus clair que d’autres. Bien que tout cela ne m’excitait plus depuis des semaines, lui appartenir, le laisser me guider dans ma sexualité était déjà beaucoup.

Un jour, je lui ai trouvé ce qu’il appelait de lui-même une « cible » potentielle, une « proie ». Je lui ai alors donné mes codes sur Facebook pour qu’il puisse espionner ma conversation. Je me suis retrouvée à dire à cette fille à quel point il m’avait aidé à assumer ma sexualité débridée et à réaliser mes fantasmes. J’y croyais vraiment. J’étais soumise, et fière de montrer à mon Maître à quel point je le vénérais. Il était fier de moi, excité par ma soumission. Cette épreuve était une preuve d’amour pour lui, mais elle a finit par se retourner contre lui.

Suite à ça, j’ai réellement ouvert les yeux. Je me suis renseignée sur le net, et j’ai découvert qu’un Maître BDSM ne demande pas à sa soumise (généralement unique) de lui trouver d’autres soumises. Je me suis demandée quel genre de personne pouvait finalement se cacher derrière un Maître aussi manipulateur. Et c’est un mot prononcé par une copine ce week-end, à peine audible, qui m’est revenu à l’esprit « Pervers narcissique« .

J’ai tapé ces termes dans google et j’ai vu apparaître devant moi, tout ce que je venais de vivre. La séduction, la mise en confiance, la manipulation, le plaisir à sens unique, la destruction. D’un seul coup, j’ai compris. J’ai appelé un ami à l’aide et il m’a confirmé ce que je savais déja. Depuis un mois, je subissais l’emprise d’un pervers narcissique à qui j’avais donné toutes les clés pour me manipuler, comme un objet, un pantin, sans doute trop fragile pour le voir, trop prête à tout pour assouvir mes fantasmes.

Aujourd’hui, je ne suis pas encore sortie de cette relation mais j’envisage de m’en détacher progressivement. J’ai mis mes proches au courant de tout. Il possède beaucoup d’éléments sur moi qui pourraient me compromettre, me détruire, ruiner ma vie. Je dois faire en sorte de ne pas l’énerver, sortir de son emprise en faisant en sorte qu’il se lasse de moi. Je ne me ferai plus avoir. La jeune femme ne m’aura pas non plus. Je l’ai compris. Déçue de ne pas avoir vécu de vraie expérience BDSM, déçue d’avoir perdu mon temps, je suis malgré tout heureuse de ne pas avoir été plus loin et notamment dans la réalisation des 3 derniers défis qu’il m’avait imposé. Ces défis m’auraient très certainement détruite et après cela je ne sais pas comme j’aurai pu m’en sortir.

Le monde du BDSM est un monde codifié, mystérieux, ou beaucoup aimeraient entrer mais sans vraiment mesurer où ils vont mettre les pieds. Un livre grand public ne suffit pas à tout savoir sur ce monde, et l’histoire de 50 nuances n’est absolument pas un reflet fidèle, tant il est romancé et destiné au fantasme féminin uniquement. De nombreux prédateurs y ont vu un moyen d’assouvir leur envie de pouvoir et de domination, et profitent de la fragilité de leurs proies pour arriver à leurs fins. Si je devais vous donner quelques conseils, c’est de vous entourer, l’isolement les renforcent. Je pense que si je n’en avais pas parlé à mes copines, je serais toujours sous son emprise et j’aurais franchi des limites inacceptables. Et si vous êtes intéressée par le monde du BDSM, renseignez vous, lisez, et privilégiez la rencontre réelle avant d’aller plus loin. Offrir sa confiance et s’abandonner prend du temps, beaucoup plus de temps que vous ne pouvez le croire ! Et au moindre doute : faites confiance à votre instinct et fuyez !

 

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