Vide d’émotions

Cette semaine, j’ai eu besoin de prendre de la distance et de me poser pour réfléchir à ma situation. Mon couple à la dérive n’en était pas le seul sujet.

Depuis des mois voire des années, je me suis forgée un bouclier autour de mes émotions, si bien que peu de choses m’affectent. Je crois que ce bouclier est né d’un besoin de me protéger suite à toutes les épreuves que j’ai pu vivre dans ma vie et notamment il y a 8 ans. Ainsi j’ai l’impression d’être à l’épreuve des balles, et de toutes les émotions négatives qui pourraient m’affecter. Parfois, il m’arrive d’ouvrir cette boite de pandorre pour y laisser sortir quelques larmes, mais je contrôle parfaitement ce qui doit y rester.

Si j’ai eu besoin de prendre spécifiquement de la distance avec mon amant cette semaine, c’est parce que les émotions et les sentiments qu’il me procure sont si forts qu’ils arrivent à traverser ce bouclier. Ressentir à nouveau mon coeur battre et mon ventre se serrer lorsque j’entend sa voix me donne la sensation que je suis plus qu’une coquille vide d’émotions, je suis bel et bien vivante. Un point qui m’a fait prendre conscience que c’était pas normal d’avoir cette fameuse boite de pandore et qu’il fallait que je l’ouvre pour en découvrir son contenu. Quitte à en souffrir et à pleurer un bon coup.

Il y a quelques mois, j’ai appris que ma maman était malade. Un cancer des poumons, qui s’est avéré métastasé et non guérissable. Si l’annonce m’a affectée, je suis immédiatement passée en mode protection, en enfouissant toutes mes émotions dans cette fameuse boîte. Objectif être forte, courageuse et positive face à elle. Depuis ses premiers traitements de chimio, rien n’a évolué positivement et aujourd’hui elle ne va pas bien. A chaque fois que je la vois, son apparence me rappelle qu’elle est en train de se battre contre la pire merde qui existe, et que je pourrais la perdre bien plus tôt que prévu. A chaque fois que je la vois, je me prends une claque dans la figure, et pense qu’il y a cette boîte dans laquelle sont enfermées toutes mes émotions, mais qu’il est hors de question que je l’ouvre.

Aujourd’hui, je culpabilise parce que j’ai l’impression d’être une personne sans coeur et vide. Face à ma soeur qui fonctionne à l’inverse de moi et en souffre énormément, je culpabilise de ne pouvoir souffrir, être triste, et ne pouvoir la soutenir comme elle le fait. Je sais que chacun réagit différemment et que gérer ainsi les choses est ma manière à moi de me protéger, mais la culpabilité est difficile à accepter.

Hier, j’ai eu mon papa au téléphone qui m’a appris qu’elle était rentrée de nouveau à l’hôpital car ça ne va pas. Je n’ai pas réagis. Bien sur je suis triste, je le sais, mais je ne ressens rien. Mon geek à cet instant précis est venu se lover contre moi en me prenant dans ses bras. Son regard compatissant m’a mise hors de moi. Je lui ai hurlé dessus en lui disant d’arrêter de me prendre comme une petite chose fragile, je gère, je vais bien bordel ! Il m’a regardé, plein d’incompréhension.

Ce matin quand j’y ai repensé, je me suis rappelée m’être posée les mêmes questions la veille de la naissance de mon ange. J’avais parlé à une psy, lui confiant que je n’arrivais pas à pleurer, que je me sentais bien, mais que je ne comprenais pas pourquoi. Elle m’a répondu que c’était « normal ». Et qu’un jour je pleurerais, et que ce serait normal aussi. C’est ainsi que je fonctionne, et que c’est normal.

Devrais-je me forcer à ressentir de la tristesse, à être malheureuse ? Pourquoi est ce que je culpabilise d’être heureuse pendant ces instants volés avec mon amant, de vouloir que ma séparation se passe bien aujourd’hui, et que la vie continue, malgré toutes ces épreuves ? Suis-je une personne sans coeur ?

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